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Alice_In_Wonderland__Hatter_by_Ninjatic

Bonjour, mes petits!

Alors, ça faisait longtemps, n’est-ce pas? Tout d’abord, j’espère que vous allez bien, bonne soirée, happy halloween avec six jours de retard. D’ailleurs, ça me fait penser que j’aurai pu faire tout un article à ce sujet mais non, flemme intense et origines de Samhain déjà évoquées dans moults blogs avortés. De toute façon, on a peur de rien, même pas d’un chapelier fou avec le pim’s fétiche du Comédien attaché à son veston, ni d’une lune noire au sourire psychotique. Pour tout dire… En attendant la troisième partie de L’Ornemaniste des cauchemars, voici un petit interlude (intégré au récit, bien entendu) pour vous remettre en jambe.

Bisous mes chéris,

Lumi’

***

L’Ornemaniste des cauchemars

Interlude

Depuis l’année de sa fondation en 1684, rue Myrha, « La Dentellière Frivole » avait toujours accueillie une clientèle nombreuse mais relativement pauvre, au vu de sa situation stratégique en plein cœur d’un bas-quartier. Fort heureusement, l’établissement avait pu s’appuyer avec confiance sur le dicton « L’appel de l’amour fait les bons payeurs », pour subsister.
Mais cette nuit-là de l’an de grâce 1833, comme c’était toujours le cas en temps d’épidémie, la tenancière Armandine peinait à joindre les deux bouts. Les habitués passaient devant ses fenêtres sans s’arrêter, entassés bêtement dans des chariots, et les voyageurs provinciaux préféraient calculer leur itinéraire en évitant à tout prix la capitale. C’était un salle temps pour les affaires et elle avait même perdu huit filles en l’espace d’un mois.
Heureusement, elle pouvait encore compter sur des clients vivants et généreux de surcroit. Gaspard Horvath était de ceux-là. Dès qu’elle le vit partir aux bras de la jolie Mirabelle, son sourire outrageusement accentué par des couches entières de mauvais rouge à lèvres, s’étira à l’idée de la prometteuse entrée d’espèces sonnantes.
Aussi, quand un cri déchirant s’éleva de l’alcôve concernée, c’est terrifiée qu’elle quitta sa caisse pour y accourir, accompagnée par la moitié de la salle commune.
_ Monsieur Horvath, tout va bien?
Pas de réponse. C’est seulement après un second appel qu’il ressortit en titubant, blanc comme un linge. Sous les regards anxieux ou paniqués, il tira de l’une des poches de son costume un mouchoir de tissu blanc pour se couvrir la bouche, prêt à vomir.
_ Ma Dinette, tu viens de perdre un client.
Il désigna du pouce l’intérieur de la chambrette. Ce que la maquerelle et quelques courageux découvrirent fut la cause des fréquentes insomnies dont ils se plaignirent par la suite. Mirabelle gisait au sol, nue, ses grands yeux verts révulsés fixant l’assemblée d’un effroi accusateur. De sa bouche grande ouverte crispée s’échappait une purée blanchâtre. Son corps restait figé dans sa dernière convulsion.
Gaspard perdit l’équilibre et se rattrapa tant bien que mal à une table basse. Alors que tout le monde se dispersait en hurlant à la maladie, la bougie, plus retenue par son support branlant, chuta.
Il est surprenant de constater combien le feu peut rapidement se répandre du plancher aux rideaux et contaminer les boiseries.
 Durant l’incendie de La « Dentellière Frivole », Emeline dormait à poings fermés. Elle ne su tout que le lendemain. 

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« L’amour est cette ombre parfumée qui ne vous quitte jamais. Vivre ce lien comme si l’autre était l’ombre vivante de soi et soi l’ombre vivante de l’autre. »



Départ en Provence.

aix-en-provence

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je tenais à parler d’un prochain évènements, mon départ à Aix-en-Provence. Pour ceux qui ne le savent pas, je suis actuellement en cette Aquitaine qui m’a vue naître il y a de cela vingt-deux ans. Comme vous vous en doutez donc, je ne suis jamais partie de chez moi et ceci est mon premier grand pas vers l’inconnu (ou presque car je connais un peu la région en dilettante, mais ça n’a rien à voir).

Je m’y prends de manière bien maladroite pour expliquer ces faits et sans doute ne parviendrai-je pas à évoquer tout cela avec autant d’émotion que ma petite Myrina: http://argaelle.wordpress.com/2009/09/14/sweeney-s-party-2e-edition-parce-quil-faut-bien-ravitailler-les-stocks-pour-les-tourtes-dune-annee-sur-lautre/

Toujours est-il que le sept octobre (non, ne hurlez pas, oui, je sais, c’est tard!), aura lieu ma rentrée en Master 2 Métiers du Patrimoine à l’Université de Provence. Bien que je tente sans cesse de positiver, de me dire qu’une sorte de nouvelle vie m’attends, grâce à l’enthousiasme de chacun, je ne cesse d’angoisser à l’idée de partir. Cela est du à de nombreuses petites inquiétudes personnelles, des bien plus grandes que je ne développerai pas ici mais aussi au fait que je vais me détacher de mes amis.

Certes, je vais m’en faire d’autres, je le sais. Mais je dois avouer que me détacher de ceux qui, depuis des années, m’ont aimée, m’ont faite rire, m’ont soutenue et on ancré dans mon esprit des souvenirs inoubliables, est un véritable crève-cœur. Bien sûr, ils sont les bienvenus et je tâcherai de remonter dans ma région quand l’opportunité me le permettra. Enfin, c’est bien plus que des délires qui vont me manquer. Ce sont des visages, des sourires, des voix, des éclats, des instants uniques… Mes trésors, je vous aime!

Reste pour moi à m’intégrer, me familiariser avec ce nouveau quotid à découvrir la joie des allées et venues avec des cours assurés majoritairement à Arles, à bosser, à trouver de nouveaux sujets de travaux tout en reprenant (cette fois clairement et définitivement) le THEATRE, discipline délicieusement addictive et jouissive qui ne m’a que trop manquée! Bon certes, je doûte que là-bas, dans une région où le soleil est roi, il y ait un Automne, soit ma saison préférée, celle qui m’inspire le plus. Mais ne vous inquiétez pas, ça ne va pas m’empêcher d’écrire, bien au contraire. Je me mettrai, pour ce faire, sur mon petit balcon où j’ai une vue superbe non sur des chênes mais des cyprès et des fleurs, ce qui, en soi, est déjà TRES BIEN! Après, une fois l’hiver venue, j’espère voir la neige, quand Mister Light aura décidé de la mettre en veilleuse!

Enfin bref, voici ce que j’en pense pour l’instant. Je suis certainement farcie d’aprioris et de préjugés et sans doute rirai-je (ou pas) en relisant le dernier paragraphe de cet article. Mais je pense que dans un premier temps, je vais avoir sacrément le cafard!

Et pour finir, voici un « private memory » (ça ne se dit pas, je sais), rien que pour toi, Yannou, en l’hommage à nos petites passions de cet été!

A Myrina, Antoine, Yannick, Leslie, Carine, Mickael, Stephanie, Jean-Baptiste, Olivier, Farf’… tous, vous allez me manquer. Je vous embrasse fort de tout mon coeur,

Lumi’, votre Sweeney ou tout ce que vous voulez!

Viva La Gloria (Little Girl) – Green Day

Little girl, little girl
Why are you crying?
Inside your restless soul your heart is dying
Little one, little one
Your soul is purging
Of love and razor blades
Your blood is surging

Runaway
From the river to the street
Find yourself with your face in the gutter
Your a stray for the salvation army
There is no place like home
When you got no place to go

Little girl, little girl
Your life is calling
The charlatans and saints of your abandon
Little one, little one
The sky is falling
The lifeboat of deception is now sailing
In the wake all the way
No rhyme or reason
Your bloodshot eyes
Will show your heart of treason
Little girl, little girl
You dirty liar
You’re just a junkie
Preaching to the choir

Runaway
You lost your tranquility
To find yourself with your face in the gutter
You’re a stray for the dregs of humanity
There is no place like home
When you got no place to go

The traces of blood
Always follow you home
Like the mascara tears
From your getaway
Your walking with blisters
And running with shears
So unholy
Sister of grace.

Ps: Billie, I love u!

Et l’inoubliable, bien sûr:

moua

Le questionnaire de Proust

Ma vertu préférée : Le courage
Le principal trait de mon caractère : La passion
La qualité que je préfère chez les hommes : La sensibilité
La qualité que je préfère chez les femmes : La gentillesse
Mon principal défaut : Ma nervosité
Ma principale qualité : Ma compréhension
Ce que j’apprécie le plus chez mes amis : Leur humour, leur tendresse, leur franchise, leur visage, leur esprit…Eux, que j’aime tant…
Mon occupation préférée : Écrire, lire, jouer, m’évader…
Mon rêve de bonheur : Rencontrer un cher et tendre enjoué, attentionné et qui me comprenne.
Quel serait mon plus grand malheur ? : Échouer en toute chose, jusque dans la créativité et rester seule.
A part moi -même qui voudrais-je être ? : Celle que je m’imagine devenir
Où aimerais-je vivre ? : En Bretagne, en Irlande, en Angleterre ou aux USA
La couleur que je préfère : Le violet
La fleur que j’aime : Rose
L’oiseau que je préfère : La chouette
Mes auteurs favoris en prose : Robin Hobb, Anne Rice, Fiona McIntosh, Ed. Greenwood, Pierre Pevel, Elaine Cunningham, Barjavel…
Mes poètes préférés : Musset, Lamartine, Shakespeare, Baudelaire, Yeats…
Mes héros dans la fiction : Jack Corbeau Sauvage (Le Nid des Corbeaux), Armand, Marius, Lestat (Chronique des Vampires), Raistlin Majere (Lancedragon), Lock Lamora (Les Salauds Gentilhommes), Fynch (Le Dernier Souffle), Tolriq de Grangar (Elixirs) mais aussi Jack Sparrow, Jack Skellington, Willy Wonka, notre ami Joker et bien d’autres!
Mes héroïnes favorites dans la fiction : Valentyna (Le Dernier Souffle), Claudia (Entretien avec un Vampire) Granite (Les naufragés d’Ythaq), Mrs Lovett, Bellatrix Lestrange, Sally
Mes compositeurs préférés: Antonio Vivaldi, Jean-Sébastien Bach, Anton Dvorak, W.A. Mozart, Serge Prokofiev, L.V Beethoven, Jeremy Soule, John Williams, Hans Zimmer (Groupes préférés: Nightwish, Within Temptation, Epica, The Corrs, Oomph, ect…)
Mes peintres préférés : Jérôme Bosh, Léonard de Vinci, Albrecht Dürer (graveur), Caspar David Friedrich, Hubert Robert, Elisabeth Vigée-Lebrun…
Mes héros dans la vie réelle : Tim Burton, Johnny Deep, Peter Molyneux, Ken Loach…
Mes héroïnes préférées dans la vie réelle : Anne Rice, Helena Bonham Carter, Keira Knightley, Scarlett Johansson, Tarja Turunen…
Mes héros dans l’histoire : Guillaume IX d’Aquitaine, Bernard de Ventadour, Molière, W.A Mozart, Nostradamus
Ma nourriture et boisson préférée : Le chocolat, le gâteau au chocolat et le lait chocolaté! (Non, j’aime plein d’autres choses mais ce serait trop long à détailler!)
Ce que je déteste par-dessus tout :  L’hypocrisie, la lâcheté, l’immoralité, l’égoïsme
Le personnage historique que je n’aime pas : Heinrich Himmler
Les faits historiques que je méprise le plus : La rafle du Vel d’Hiv’, Hiroshima, les essais nucléaires en Polynésie entre 1966 et 1974…
Le fait militaire que j’estime le plus : Aucun
La réforme que j’estime le plus :  /
Le don de la nature que je voudrais avoir : L’empathie animale
Comment j’aimerais mourir : De façon esthétique, après avoir rempli mon contrat.
L’état présent de mon esprit : Languissant

La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : Celle commise malgré la meilleure des volontés

Ma devise : « L’amour pour  épée,  l’humour pour bouclier ». « L’Art ne fait que les vers, le coeur seul est poète ». -André Chénier, « Le monde appelle fous ceux qui ne sont pas fous de la folie commune » -Manon Roland-

Hi friends!

Tout d’abord, je tenais à remercier tous les lecteurs de l’Ornemaniste des cauchemars. Vos appréciations, vos encouragements et vos commentaires m’ont fait sincèrement chaud au cœur. Vous avez donc bel et bien mérité la seconde partie de cette nouvelle (plus longue que la précédente, vous êtes prévenus) qui saura, je l’espère, autant vous plaire.

Bonne lecture à tous,

Lumi’

Ps: Au vu d’une remarque récurrente, je me permet de vous rappeler que dans l’univers de Vampire, lesdits vampires n’existent pas pour les humains.

***

L’Ornemaniste des cauchemars

Deuxième partie

rose-et-piano-2

Emeline cligna des yeux. Difficilement, ses paupières alourdies s’ouvrirent face à l’agression des rayons du soleil filtrant à travers la vitre encrassée. Elle se redressa sur sa couche…trop rapidement. Le léger vertige qui la saisit lui rappela combien la nuit avait été courte.
Gaspard était un brave homme. Il lui avait aménagé un petit espace pour dormir coincé entre une chaise à bascule et une vieille horloge dont les aiguilles ne tournaient plus. Dans une pièce aussi grande qu’une chambre s’entassait un capharnaüm d’objets et de meubles, de la gigantesque armoire en chêne massif à la boîte à musique.
Somme toute, un endroit à première vue oppressant et invivable. Mais pas aux yeux d’Emeline qui avait découvert, disséminées, quelque pièces des plus insolites telles un radiateur à hélices ou une poupée à tête de chat, percée d’engrenages.
Cependant, à la fascination de cet univers étrangement attachant avait succédé de nombreuses résurgences. Durant toute une partie de la nuit, la jeune fille était restée les yeux grands ouverts à fixer la moindre craquelure d’une zébrure au plafond. Puis, quant à le sommeil avait fini par prendre le pas sur son épuisement, l’éveil angoissé s’était mué en cauchemars.

Emeline passa une main fébrile dans ses longs cheveux noirs. Aristide, Marie, Elisabeth et tant d’autres… Elle les avait tous aimé au cœur de ce cocon de dentelle et d’opulence. La gangrène s’y était attaqué de l’intérieur, les entraînant vers la mort et la pourriture, comme on délaisse une rose coupée dans une mare d’eau croupie.
Elle sauta à pieds joints sur les planches inégales du sol. S’emparant de sa robe posée sur une chaise, elle l’enfila à la hâte. Son hôte n’était pas chez lui, probablement à son atelier. Plus tard, elle le remercierait pour sa gentillesse. En attendant, elle devait partir.
Prenant au passage sa pèlerine, elle quitta les lieux. Dehors, le soleil était haut dans le ciel, comme une fin de matinée. Se faufilant entre deux artères, elle rejoignit rapidement la rue passante. Il ne lui fallu que quelques pas pour sentir les regards se poser sur elle. Un simple coup d’œil lui suffit pour y lire le mépris et l’hostilité. Détournant ses yeux des leurs, elle accéléra. Même avec une robe sale, des cheveux défaits et une laine de mauvaise qualité, son appartenance à la bourgeoisie était indéniable. Elle n’était pourtant pas de ces femmes de grands patrons qui riaient des misérables sur le dos desquels leurs maris se remplissaient les poches.
Elle n’était, en cet instant, qu’une jeune fille frappée d’un malheur semblable au leur.
Mais eux ne le savaient pas.
_ Hé la rupine, tu t’es perdue?
Emeline s’arrêta, le cœur au bord des lèvres. Face à elle se profilait un cul-de-sac chargé d’immondices. Elle se retourna lentement pour faire face à deux types vêtus de nippes. Ils s’avançaient vers elle, la dévisageant avec convoitise. A la vue de leur teint fiévreux et de leur visage couvert de tâches, la jeune fille déglutit. Ils étaient malades depuis peu mais sans doute encore assez forts pour représenter un danger réel.
_ Réponds quand j’te cause! J’tai posé une question!
_ Ça va, Jules…
L’autre homme, plus calme en apparence, posa une main sur l’épaule de son compagnon.
_ On a les moyens d’la faire chanter, d’toute façon! Souiller la pucelle d’un d’ces bourgeois d’mes deux sera une belle vengeance avant la mort, qu’est-ce t’en dis?
_ Ouais…
Des rires gras signèrent l’entente des deux hommes. Emeline laissa son regard couler vers la sortie de la ruelle. Certes, ils en bloquaient une partie mais elle pouvait sans doute compter sur leurs quelque secondes d’inattention passagère.
S’élançant vers la lumière et sa liberté, elle reçu un violent coup à la mâchoire qui la propulsa à terre.
_ Non mais tu croyais quoi? Tu nous a pris pour des couillons?
Menaçant, le dénommé Jules s’approchait d’elle en retroussant ses manches. Le foudroyant du regard, la jeune fille avait troqué sa peur contre une colère sourde. S’essuyant rageusement le sang coulant de sa lèvre blessée, elle tenta, tant bien que mal, de se relever.
_ Ça, on va t’le faire regretter, la rupine, lâcha-t-il, les dents serrées. T’aurais pas du t’aventurer jusqu’ici et, crois-moi, tu vas t’en souv’nir!
Le trio sursauta brusquement. La détonation d’un coup de feu venait de retentir, se répercutant contre les murs.
_ Fais un pas de plus en sa direction et c’est ce qui te sert de cerveau qui va se souvenir du passage de ma balle!
L’espoir et la surprise plein les yeux, Emeline se focalisa sur l’être à qui appartenait cette voix féminine claire et forte. Vêtue d’une élégante robe rouge à la grâce rehaussée d’un châle en soie, elle arborait un visage délicat dont certains traits, plus durs, marquaient une personnalité bien affirmée.
Gardant son pistolet braqué sur eux, elle fixait les malfrats avec une férocité menaçante.
_ T’as entendu, Jules? La blondinette risque d’te plomber la cervelle!
Ne se sentant pas vraiment menacé, le deuxième homme se tenait à l’écart. Son soulagement fut de courte durée quand il vit l’ombre d’une silhouette imposante se profiler derrière la jeune femme. Celle-ci esquissa un large sourire mauvais.
_ Ne t’en fais pas, mon chéri. Tu auras de quoi t’occuper pendant que je me chargerai du sort de « ton » Jules!
Les deux compagnons marquèrent un temps d’hésitation. Plutôt que d’opter pour un agissement plus rationnel, ils brisèrent le silence en cœur.
_ Y’m’fait pas peur ton garde! On va vous matter!
_ Une catin venue pour nous aguicher, voilà c’qu’elle est! Cette tenue est trop chère pour toi, j’m’en doutais!
Rajustant une mèche de cheveux blonds derrière son oreille gauche, la concernée rit aux éclats et tira au niveau de l’entrejambe de Jules. Celui-ci hurla en trépignant quand son sang et des bouts de chair éclaboussèrent le pavé. Crispé d’horreur, son acolyte le fixa sans bouger, pâle comme un linge.
Adossée contre un mur, Emeline suivait la scène comme une spectatrice détachée et captivée. L’autre jeune femme se tourna tranquillement vers son complice.
_ Tu vois, Jean, ils ne savent pas faire la différence entre une gourgandine et une artiste. Charges-t’en donc, ils commencent à m’écoeurer. Toi, mon chéri, tu ne bouges pas ou je te change aussi en jouvencelle. C’est bien, Jules, gardes la tête penchée, ça t’évitera de la perdre.
Le colosse sortit de l’ombre et s’approcha des brigands. Sitôt, la mine des deux compères acheva de se décomposer. Même vêtu comme un paysan, le dénommé Jean en imposait tant par sa taille que par son regard clair et implacable qui aurait transformé le plus coriace des malfrats en demoiselle apeurée.
_ Jules, viens, on s’tire…
Près à défaillir de douleur et furieux, celui-ci retenait, courbé, ce qu’il restait de ses organes génitaux. Juste avant de partir, tiré par son compagnon
il se tourna pourtant vers Emeline et cracha à ses pieds.
_ T’auras pas toujours cette chance…p’tite catin! Tu crev’ras…comme nous aut’…
Le claquement de leurs pas diminua jusqu’à disparaître. La jeune fille observait ses sauveurs avec une admiration mêlée d’anxiété. La tireuse fut la première à s’approcher. Tout en elle respirait l’élégance, jusqu’à sa démarche.
_ Ça va aller, maintenant. Vous n’avez plus de raison de vous inquiéter.
Elle rangea son pistolet. Plus détendue, Emeline lui souriait, désormais. Ce n’était pas un sourire chaleureux, ni même aimant. C’était un sourire figé. Pour la deuxième fois en quelques heures, une main lui fut tendue.
_ Je m’appelle Alice Rambin. Mais je suis plus connue sous le nom de Madeline, sur scène.
_ Emeline de Chassat, merci pour tout, glissa, dans un souffle, son interlocutrice. Vous ne me demandez pas ce que je fais seule, dans un endroit pareil pour une demoiselle de ma condi…
_…Non! Mais cet élément me prouve que vous tombez à point nommé!
Les yeux d’Alice brillaient. Elle se tourna, laissant son interlocutrice perplexe. Son imposant complice venait de les rejoindre.
_ Oh, et je n’ai plus besoin de vous présenter Jean! Si vous souhaitez lui parler, attendez-vous à ce qu’il vous réponde…différemment. Il est muet…mais c’est un brave homme!
Contre toute attente, ce dernier se fendit d’une profonde révérence, ponctuée d’un sourire. Agréablement surprise, Emeline se fendit d’une courbette, en retour.
_ C’est mon garde du corps personnel. Il me suit du théâtre jusqu’en ville, sauf quand j’ai envie d’être seule.
_ Vous êtes comédienne!
Alice éclata d’un rire cristallin.
_Mon dieu, non, heureusement! Je donne des concerts au Théâtre des Douze Lanternes, vous connaissez?
_ Non mais j’aimerai le découvrir…
_Ah, de la curiosité, j’aime ça! Et bien, si vous le désirez, je vous y emmène de suite!
Satisfaite, elle commença à repartir, secondée par le colosse. Emeline les rattrapa.
_ Attendez! Vous ne m’avez pas dit en quoi je peux vous être utile.
Alice s’arrêta, posant un index sur ses lèvres.
_ Mmh…Et bien, avec un nom pareil, vous avez du apprendre à jouer du piano, Emi’.
_ Oui, un peu mais…
_ Ah et bien, c’est parfait. Ne discutez pas!
L’intérieur de la diligence était fermé par d’épais rideaux. Un parfum fruité flottait dans l’air, imprégnant les banquettes jusqu’aux élégantes bordures tapissées contournant les fenêtres. Face à Emeline, Alice se tenait aux côtés de Jean. La tête de ce dernier touchait le plafond mais il ne semblait pas y prêter attention. Vêtue de sa robe blanche boueuse, la jeune fille se sentait ridicule et lamentable face à cette femme si épanouie. Relevant la gêne, elle lui adressa un sourire chaleureux.
Le véhicule s’arrêta à hauteur d’un bâtiment imposant et somptueux de quatre étages. En descendant, Emeline remarqua, en premier lieu, les deux atlantes qui soutenaient l’élégante corniche du premier niveau. La façade était ornée de mascarons reliés entre eux par des guirlandes végétales, reprenant les thèmes de la comédie et de la tragédie lyrique. C’est en projetant son regard au-delà de la beauté visible que la jeune fille découvrit l’ombre au tableau.  Des carreaux de vitres brisées rythmaient, ça et là, l’esthétique souillée du bâtiment. Par terre, des indigents mendiaient.  Ces raison étaient certainement suffisantes pour que les passants ne s’arrêtent plus consulter les affiches. Mais une chose était certaine, l’entretien avait été délaissé depuis quelque mois déjà.
_ Si mademoiselle De Chassat veut bien s’avancer…
Alice l’attendait à l’entrée, retenant la grande porte principale en bois sculpté. Emeline se retourna. Jean restait immobile, face à la portière de la diligence. Il ne s’avancerait pas davantage.
Les deux jeunes filles traversèrent le somptueux hall aux hautes colonnes cannelées et passèrent par une petite porte dérobée. Emeline suivait son hôtesse sans broncher, avec une absolue confiance. A la sortie d’un long couloir, elles débouchèrent dans une pièce décorée d’une multitude de costumes et de vêtements divers. Alice se dirigea directement vers une penderie, hésita un court instant et tira une élégante robe d’un vert tendre pour la lui présenter, accompagnée de mocassins assortis.
_ Tenez, enfilez cela, ça flattera votre teint. Mais faites un brin de toilette auparavant. Là, vous avez un lavabo dans le renfoncement. Mon maître est très regardant sur la propreté et le costume, lança-t-elle par-dessus son épaule avant de regagner la porte. Quand vous aurez terminé, rejoignez-nous dans la grande salle.
A nouveau seule, Emeline fit le tour de la remise. Une fine couche de poussière avait commencé à se déposer sur les étoffes. Nombre de ces vêtements avaient du coûter des centaines et des milliers de francs. Quel gâchis.
Dévêtue, la jeune fille gagna le lavabo et nettoya son corps de la meilleure façon qu’elle pouvait. Puis, elle fit glisser sur sa peau nue et blanche le satin vert de la robe avant d’en serrer le corsage. Ses chaussures enfilées aux pieds, elle arrangea une dernière fois ses longs cheveux noirs ondulés et sortit.
Le Théâtre des Douze Lanternes était d’un néo-classicisme florissant, des balustres jusqu’aux grandes colonnes corinthiennes dorées à l’or fin. Au-delà des figures de putti sculptées, un grand plafond en trompe-l’œil représentait le panthéon des dieux de la Grèce Antique entouré de scènes reprenant les mésaventures des plus grands héros. Sur la grande estrade que les lourds rideaux rouge révélaient, Alice attendait aux côtés d’un homme. Passant entre les rangées de sièges, Emeline les rejoignit.
Son regard restait fixé sur l’inconnu. Il s’agissait d’un jeune homme d’un vingtaine d’années qu’on aurait pu juger moins âgé encore. Son pourpoint et sa chemise de soie offraient un charmant dégradé de pourpre et de brun, rehaussé par un chapeau aux bords courbes que portaient les nouveaux gentilshommes. En réalité, il était à lui seul l’incarnation parfaite du dandy à la mode. Il se tenait là, immobile, les mains croisées derrière son dos. Pas un seul de ses cheveux châtains impeccablement attachés en catogan ne semblait libre. Ses yeux, d’un vert vif, restaient absents, comme si il ignorait tout de l’intensité avec laquelle il était observé.
_Vous revoilà. J’ai eu raison d’écouter mon bon goût! Cette robe épouse vos formes et vous rend plus femme. Vous êtes magnifique.
Emeline s’extirpa de sa contemplation et rougit de honte. Alice lui souriait. Elle avait mis, en premier, fin à ce silence pesant. Intérieurement, sa compagne la bénissait.
_ Merci…
Alors qu’elle montait les marches pour les rejoindre, le jeune homme se dérida enfin.
_En effet, Alice. Il est plaisant de pouvoir vous faire confiance. Voici donc cette demoiselle De Chassat dont vous me parliez, ajouta-t-il en se tournant vers Emeline. Enchanté, Joseph d’Halicastre, pour vous servir…
Ses dernières paroles, pures salutations formelles, étaient un murmure au timbre délicieusement grave, une mélodie de velours coulant sur l’invisible.
_ Je suis heureux qu’Alice ait enfin trouvé quelqu’un pour accompagner sa voix au piano.
_Pardon?
Emeline plissa les lèvres, comme pour contenir poliment une certaine nervosité. Elle se tourna vers Alice qui lui souriait encore.
_ Oui, j’en suis tout autant heureuse, maître.
_ Mais je…
_ Un doute, mademoiselle De Chassat?
La question était posée simplement mais le ton employé indiquait un certain agacement. Son regard planté dans le sien, il la sondait, insistance qu’elle rejeta avec affront. Les bras croisés, Alice observait la scène, inquiète. Joseph eut un rictus et devança sa réponse.
_ Le meilleur moyen de savoir ce que vous valez est de vous écouter jouer.
D’un geste élégant, il désigna un grand piano à queue situé non loin derrière. Le cœur battant, Emeline alla y prendre place. Le jeune homme se passa un index songeur sur son menton imberbe.
_ Alors, voyons voir…Nous commencerons par la sonate pour piano numéro onze en La Majeur Alla Turca: II, Menuetto. Puis, nous enchaînerons avec « La reine de la Nuit ».
Une lueur d’excitation parcouru les yeux d’Alice.
_ Fantastique! Mais la partition de la sonate est extrêmement complexe!
_ Peu importe, j’ai besoin d’être sûr. On vous a appris Mozart, n’est-ce pas? Lança-t-il à Emeline.
_ Oui et je ferai de mon mieux.
_ C’est cela, surprenez-moi, mon enfant. Je veux que la beauté de vos notes me transporte. Montrez-moi que vous êtes digne de seconder Alice.
Seconder Alice. Elle ne l’avait jamais demandé. Enfin, elle l’avait sauvée, après tout. Elle lui devait bien ça. Ses doigts coururent sur les touches en les frôlant. Sur scène, un silence pesant s’était instauré. Une première note  y mit fin, succédée par une autre pour donner naissance à une mélodie rapide d’une intensité peu commune. Lentement, le visage grave de Joseph se détendit. Certes, on était loin de la perfection mais le thème était là, délicat et magnifique. Poussant un soupir d’aise, il attendit la fin de la sonate pour indiquer à Alice de rejoindre sa compagne. Quand sa voix claire et forte de soprano s’éleva pour lancer « La Reine de la Nuit », l’enchaînement se déroula presque sans encombres. Manquait un véritable orchestre, mais l’exercice avait un but calculé. Musique et chant mêlés continuèrent leur ascension encore cinq minutes durant jusqu’à que la voix s’arrête brutalement.
Perturbée, Emeline releva les yeux. Joseph gardait la paume de sa main droite ouverte, tournée vers elles. La mélodie mourut dans un affreux concert de fausses notes. Le musicien grinça des dents. Un nouveau soupir, presque semblable à une plainte, franchi ses lèvres. Emeline releva les yeux vers Alice, gardant la tête baissée comme une enfant punie.
_ Je suis désolée, murmura-t-elle d’une voix douce.
_ Non, ça ira, trancha Joseph. C’était d’une grande médiocrité, certes, mais d’une médiocrité intéressante.
Alice se tourna finalement vers elle pour lui adresser un clin d’œil ponctué par un hochement de tête rassurant. Le trio resta encore de longs moments à converser entre deux essais musicaux. Emeline offrait davantage d’entrain, à la plus grande joie d’Alice. Mais son regard restait, la plupart du temps, fixé sur Joseph. Sa mine soucieuse trahissait sans doute un agacement du à sa présence, à moins que ce ne soit des ennuis plus importants. Elle allait prendre congé poliment quand le battant d’une porte donnant sur un couloir s’ouvrit sur un homme portant un long costume en queue de pie. Sur le tissu perlaient l’innombrables gouttelettes. Il devait certainement pleuvoir au-dehors. Passant entre les rangées de sièges, il se pressa de rejoindre le niveau de la fosse des musiciens. Il ne monterait pas sur scène. Joseph se tenait debout et tendu face à lui, le dominant de toute sa hauteur.
_ Monsieur, les meurtres ont recommencé! Cette fois-ci, c’est un petit garçon.
Le jeune homme emprisonna le haut de son nez entre le pouce et l’index.
_ Même état que les autres? Demanda-t-il d’une voix ferme.
Le regard de l’interrogé glissa vers les deux femmes qu’il observa tout en énonçant les détails.
_ Oui mais le cadavre ne comporte aucune finition. On l’a retrouvé près d’un égout, les viscères exposées, déjà dévorées par les chiens errants.
Sentant une tension envahir son maître, Alice s’approcha doucement de lui. Emeline était, quant à elle, concentrée sur autre chose. Contre l’encadrement de la porte se tenait une silhouette féminine. Elle restait là, immobile, ne souhaitant visiblement pas se joindre à la conversation.
_ Un égout! Monsieur Gisquet a dépêché ses brigadiers, n’est-ce pas?
_ Bien sûr. Cette affaire ne sera pas laissée dans l’ombre, surtout si elle s’étend.
_ Laissez-moi…
Alice avança sa main en direction de son épaule pour la retirer immédiatement.
_ … Tous!
La voix tonnante du jeune homme fit sursauter Emeline qui fut entraînée par le coude. Elle eut à peine le temps de regarder en passant le visage de la discrète aux magnifiques cheveux noirs. Les yeux bleu vifs de cette dernière croisèrent les siens et s’immiscèrent dans ses pensées pour mieux lui glacer le sang. Quand son malaise disparu, elle était déjà au bout du couloir. Alice l’emmena jusqu’au dehors de la bâtisse et l’arrêta sous le porche. Une pluie drue tombait du ciel crépusculaire.
_ Je suis restée auprès de vous tout ce temps, murmura Emeline incrédule. Dans mon esprit, une seule heure s’était écoulée…
_ Oui, navrée pour ce départ brutal.
La jeune fille se tourna pour lui faire face. Un doux sourire étirait ses lèvres pâles.
_ Non, c’est moi qui m’excuse…et vous remercie. Cette journée me fut très agréable. J’ai aimé faire votre connaissance ainsi que celle de votre maître. J’aurai…simplement du partir avant l’annonce de la nouvelle. Cela m’aurai laissé le temps de vous rendre la robe.
Alice leva les yeux au ciel et secoua la tête.
_ Allons, Emi’, ne soyez pas si distante. Si je vous l’ai faite porter, c’est pour qu’elle vous appartienne! Quant aux meurtres, c’est plutôt fréquent par ici, qui plus est par les temps qui courent. Mais mon maître sait que ce genre de crimes-là n’ont rien de « normal ».
Elle hésita puis éclata de rire.
_ Mais je vous embête! Rentrez chez vous, votre famille doit être inquiète. Jean vous attend à l’intérieur de la turgotine. Oh…et vous reviendrez! Mon maître y tient.
Emeline sourit simplement.
_ Je n’y manquerai pas, Alice. Au revoir.
Elle eu l’idée de la rattraper mais la jeune fille avait déjà gagné la voiture.
_ Où doit-on vous arrêter? Lui lança-t-elle
_ A la douzième lanterne de la Goutte d’Or. Le cocher saura quand je dois descendre.
_ Quoi? Mais ce n’est pas votre…
La diligence se remit en marche, condamnant les derniers mots d’Alice à l’oubli. Voyageant à l’abri, Emeline ne semblait pas inquiète pour sa sécurité. Elle paraissait même d’une insouciante indolence. Jean cessa de l’observer. Il pouvait se tromper. Au sourire qu’elle lui rendit, il s’étonna cependant. Le visage qu’elle lui offrait était à l’exacte opposée de celui qu’il avait découvert quelques heures auparavant. Les yeux rivés sur les vitres du véhicule, elle fini par reconnaître cette rue qui lui était récemment familière. A terre, un homme au costume rapiécé et à la mine soucieuse conversait avec un inconnu. Un toque ment ferme fit arrêter la diligence. Emeline prit rapidement congé de Jean tout en le remerciant et bondit hors de la voiture.
_ Gaspard!
L’interpellé fit volte face, désagréablement surprit d’entendre son nom prononcé par une voix si aiguë, féminine et…jeune? Il se détourna, les yeux exorbités.
_ Emeline…
_ Quoi Em’line? On parlait de mandats et vous…
_ …Monsieur Bartier, commença-t-il, cordial. Vous avez été adorable de venir jusqu’à moi pour me remettre cet infâme torchon. Cette encre d’impression est si belle que c’est un affront de leur part d’avoir dépensé autant pour nous cracher ainsi au visage! Vous me serez toujours précieux grâce à ces clous que vous me ramenez de la manufacture, à vos risques et périls, seulement…là, j’ai un autre problème!
L’ouvrier s’éloigna en lui jetant un regard noir. Emeline s’avança et ouvrit la bouche pour parler. Ses mois moururent au fond de sa gorge. Gaspard la dévisageait de ses grands yeux noirs furieux. Son expression était terrifiante. Elle recula d’un pas.
_ Pourquoi es-tu revenue? Et dans cette…tenue? murmura-t-il d’une voix grave et menaçante d‘où perçait ce même accent caractéristique de la veille.
Sans attendre de réponse, il lui saisit le bras et l’attira à lui.
_ Sais-tu seulement ce qu’il se passe ici, petite sotte?
_ Je n’ai nulle part où aller, je vous rappelle! C’est une amie qui m’a abritée dans un théâtre, aujourd’hui.
_ Un théâtre? Oh…laisses-moi deviner lequel. Les Douze Lanternes, c’est ça? Ils auraient du te garder, quoique…tu n’aurais peut être pas été autant en sécurité, finalement. Quand un nouveau mal arrive et se nourrit du pus coulant à foison de la plaie béante, il s’immisce partout, partout! Il ronge les murs, dévore le bois, le fer, les machines et le tissus pour mieux frapper! Tous sont maudits, des culs-terreux jusqu’aux industriels qui les pompent, comme ça, toujours, sans relâche!
Il éclata d’un rire nerveux mais elle poursuivit, décidant de faire front.
_ Oui, les nouveaux meurtres. C’est au théâtre que j’en ai été informée.
Elle tremblait comme une feuille sous ses doigts, malgré son assurance. Ses traits se détendirent et il la relâcha.
_ Les meurtres sont une chaîne, un mécanisme. L’épidémie en est l’huile de graissage. Et voici la roue manquante…
Doucement, il tira d’une de ses poches un papier qu’il déplia et lui tendit. La jeune fille en parcouru rapidement le contenu. Son visage se rembrunit.
_ Un mandat d’expulsion rédigé par notre cher et adoré Préfet de la Seine lui-même, surenchérit Gaspard.
Emeline relu une seconde fois le mandat en fulminant. Il était bel et bien signé au nom de Claude Berthelot, comte de Rambuteau.
_ Mais c’est odieux! Ils ne peut pas faire ça alors que des gens meurent par centaines!
_ Heureux que ta fougue de jeune privilégiée se réveille à l’intention des indigents.
_ La maladie touche toutes les catégories de personnes, lâcha-t-elle en plissant les yeux. Si nous avions été autant écartés du malheur, je ne serai pas ici…
Gaspard passa une main sur sa barbiche.
_ Juste. Mais si cela peut te rassurer, La Goutte d’Or n’est pas le seul quartier en sursis…
Un court silence s’instaura entre eux. Emeline le trancha en un murmure, le regard perdu dans le vague.
_ Qu’allez-vous faire pour l’atelier…et votre maison?
Gaspard gloussa et rajusta d’un geste précis son haut-de-forme.
_ Quelle question! Je les garde! Crois-tu que tout le monde ici obéis toujours sagement à ce genre de directives radicales, mademoiselle-la-petite-bourgeoise-lucide?
_ Inutile de me qualifier comme tel, je ne fais plus partie de leur monde.
_ Admettons, admettons, murmura Gaspard, un large sourire aux lèvres. Avec ta robe misérable et ton physique à faire pâlir d’effroi un unijambiste bossu avec un bec-de-lièvre, tu te fonds à merveille parmi notre population.
Il vit, amusé, la jeune fille irritée se camper face à lui.
_ Parce que vous passez inaperçu, vous peut être?
_ Je proteste! Moi, je mène une activité publique et unique en son genre! Et puis…j’ai mes deux jambes!
Emeline eut l’ombre d’un sourire.
_ Et bien dans ce cas, si demain je ne suis pas morte dans la nuit de fièvres ou lacérations, je veux bien découvrir votre atelier… A condition qu’il soit encore là, bien sûr.

…à suivre.

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Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je compte vous parler d’un thème sujet à rêverie, à maints écrits inspirés (ou pas) et faisant fureur au cœur des blogs gothico-dépressifs, j’ai nommé la Mélancolie! Bon certes, la vie est moche, il est préférable de l’aborder assis sur une pierre, plume à la main, le visage soutenu de sa main gauche tout en écoutant, la mort dans l’âme, les doux gazouillis de petits oiseaux nous rappelant notre enfance ou les temps bénis d’un passé inconnu.

Nous pouvons aussi la traiter à travers l’étude de la théorie des quatre humeurs, de l’acédie religieuse durant la période médiévale, de l’influence des Enfants de Saturne durant la Renaissance ou encore durant l’époque romantique… Les possibilités ne manquent pas. Mais moi, je l’aborderai, durant ce court article, selon le point de vue médical du XIXème siècle.

Cette période s’inscrit dans un net changement des mentalités. Alors mise en valeur par la littérature, la peinture, ou les grandes campagnes de restaurations d’édifices anciens, la mélancolie subi un basculement radical des points de vue avec la naissance de la psychiatrie. Le concept de mélancolie, trop difficile à cerner, tombe momentanément en désuétude. Les médecins parlent plutôt d’aliénation, cherchant, chez les patients, à en définir la physionomie. Grâce au « progrès scientifique », la mélancolie est perçue comme un signe de décadence, voire de dégénérescence.

Le psychiatre Jean-Etienne Esquirol, considéré comme le père de l’hôpital psychiatrique français, s’est appliqué à l’étude de la mélancolie à laquelle il consacre en 1820 un traité, De la lypémanie ou mélancolie. Pour lui, la mélancolie fait partie de la classe des vésanies, ordre des délires. Il faut d’ailleurs traduire le latin melancholia par le français manie, folie, et non mélancolie.

Afin d’appuyer leur doctrines, les psychiatres avaient à disposition des moyens photographiques permettant de dresser les portraits d’aliénés et de démontrer clairement le caractère médical de leur mal (tête soutenue ou penchée, regard perdu…). Les théories dangereuses des médecins aliénistes radicaux auront de lourdes conséquences  jusqu’au XXème siècle où les mélancoliques seront assimilés à des êtres inférieurs.

Aujourd’hui, au sein de notre société, la mélancolie n’est plus qu’un simple « vague à l’âme » dont la nature se confond avec celle de la dépression. Les responsables actuels ne souhaitent pas que la mélancolie affecte le moral des ménage. Une véritable excrétion s’affiche envers tous ceux qui n’affichent pas une joie de vivre convaincante. Pourtant, derrière ce que certains rejettent se cache des siècles de réalité artistique, littéraire et médicale. Par chance, grâce aux études et à la rêverie de quelques uns, l’artiste mélancolique tiraillé entre le génie et la folie pourra continuer de vivre.

Lumi’

Portraits photographiques de Guillaume-Benjamin Duchenne (De Boulogne)

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Contraction électrique modérée du sourcilier droit: souffrance. (1856-1857)

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Contraction volontaire du sourcilier droit: le sujet paraît succomber à la souffrance. Contraction volontaire du frontal gauche: souvenir d’amour ou regard extatique. (1855-1856)

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Contraction électrique légère du sourcilier droit: douleur. A gauche, abaissement spasmodique en masse. (1855-1856)

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Bibliographie

CLAIR (Jean), Mélancolie: Génie et folie et Occident, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux/Gallimard, 2005

MINOIS (George), Histoire du mal de vivre: De la mélancolie à la dépression, Paris, éditions de La Martinière, 2003

Chers amis,

Comme promis, je confie à vos yeux curieux, enflammés, à votre cœur battant d’ardeur, ma nouvelle se déroulant dans l’Univers de Vampire: La Mascarade. Bon, d’accord, je fais toujours des tonnes pour pas grand chose. Mais bon, vous commencez à me connaître (pour certains). Donc, que vous soyez enthousiastes ou que vous ayez juste la volonté de jeter un petit coup d’œil à ceci, soyez indulgents (plizzz!). Voici la première partie. Si vous êtes sages, il y en aura d’autres.

Bisous,

Lumi’

***

L’Ornemaniste des cauchemars

Première partie

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_ Emeline…
_ Oui Lizzy?
La jeune fille se pencha au-dessus du lit où reposait sa sœur, emmitouflée sous des couches de couvertures qui ne parvenaient plus à maintenir son petit corps au chaud. Un sourire doux et rassurant éclaira son visage.
_ Tu veux quelque chose, ma chérie?
Les lèvres violettes de l’enfant au teint blafard s’étirèrent. Même au seuil de la mort, elle restait cette jolie poupée pleine de vie et d’intelligence qu’elle avait connue. Ils l’avaient tous admirée et choyée avant que la maladie ne les emportent. Était-ce son tour, à présent? Emeline refusait d’y croire. Elle était trop jeune, trop méritante, trop belle pour que la faucheuse ne tranche déjà le fil de son existence.
_ J’aimerai que tu me lise une dernière fois La Belle au bois dormant.
Emeline tiqua. Son sourire se fit plus inquiet, quoique toujours plein d’espoir. Au fond d’elle, elle savait qu’elle se mentait. Mais c’était plus fort qu’elle. Secouant la tête, elle émit un léger rire nerveux.
_ Pourquoi es-tu si négative? Il y aura plein d’autres fois!
_Non…
Le regard de la fillette s’était intensifié. Il avait prit a parti celui de sa grande sœur. A la détermination se mêlait une sagesse combinée à une étrange tendresse impavide.
_ Non, je suis prête à rejoindre papa et maman. Il ne faudra pas que tu sois triste car je serai heureuse au ciel… Ici, j’ai déjà trop souffert…Tu comprends?
Emeline hocha la tête. Ses grands yeux noirs étaient remplis de larmes prêtes à déborder. Mais elle ne craquerait pas. Pas devant elle.
Elle caressa délicatement son visage couvert de sueur.
_ Bien sûr, mon ange, lui murmura-t-elle avec amour.
La jeune fille se leva un bref instant pour se diriger vers l’élégante bibliothèque qui ornait la chambre de l’enfant. Elle parcouru des yeux la trame des ouvrages et fini par poser l’index sur celui qu’elle cherchait Sur la couverture de cuir était inscrit en lettres dorées Les Contes de ma mère l’Oye et l’auteur, Charles Perrault.
Se rasseyant sur le bord du lit, elle tourna les pages et s’arrêta à celle où commençait l’histoire de La Belle au bois dormant. Un léger raclement de gorge, puis elle commença à lire posément.
_ Il était une fois un Roi et une Reine, qui étaient si fâchés de n’avoir point d’enfant, si fâchés qu’on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du mon…
Emeline s’arrêta net. Un silence pesant et froid venait de s’abattre sur la chambre. Un pressentiment affreux lui noua le ventre. Elle baissa lentement son ouvrage. L’enfant était immobile, les yeux grands ouverts. D’une main tremblante, elle la secoua gentiment.
_… Lizzy?
Pas de réponse, ni même le moindre mouvement en retour. Elle toucha son avant-bras. Il était glacé et raide, à l’instar du reste de son corps.
_ Elizabeth!
Emeline ne s’entendit pas crier. Le choc se répercuta dans tout son être jusqu’à ses tempes. Elle resta un moment inerte, hébétée, puis se leva d’une traite et recula, percutant une table qui la stoppa. Face à elle, sa petite sœur vêtue de dentelles, édredons et draps de soie savamment disposés au-dessus d’elle.
Une minute encore, elle prit le temps de la regarder…pour la dernière fois. Quand ses pas se détournèrent et s’engagèrent hors de la pièce, elle ne se retourna pas.
Partir. Ivre de chagrin, s’était le seul mot qui lui venait à l’esprit. Elle traversa ainsi les couloirs de la demeure désertés par tout signe de vie depuis quelques temps déjà. Lorsqu’elle eut descendu les escaliers pour atterrir au niveau du vestibule, elle laissa ses mains agripper le premier vêtement qu’elles trouvaient et s’en accoutra. Une simple pèlerine brune. Rabattant la capuche sur sa tête, elle ouvrit la porte d’entrée. Un vent frais caressa son visage, s’engouffrant dans ses cheveux noirs.

En ce soir du 11 avril 1833, les rues de ce quartier riche de la capitale étaient presque vides.
Emeline avait quitté la demeure bourgeoise où elle avait vécue son enfance, à présent infestée par la maladie. D’ailleurs, pourquoi était-elle partie? Qu’allait-elle chercher?
Le claquement régulier de ses chaussures sur les pavés humides se faisaient l’écho d’un pas déterminé. Pourtant, l’esprit de la jeune fille était ailleurs. Elle marcha jusqu’à la tombée de la nuit, passant de rues en avenues, d’avenues en ruelles.
Quand elle prit enfin conscience de l’endroit où elle se trouvait, elle s’arrêta. Derrière elle, des sabots de chevaux retentirent, accompagnés par les grincements du transport qu’ils tiraient. La calèche la dépassa rapidement, manquant de la renverser. Reculant de quelques pas, elle leva les yeux sur son environnement.
De part et d’autre de la rue s’élevaient des maisons pauvres et mal entretenues. Les demeures, dont on soupçonnait un passé faste, étaient dans un tel état de dégradation qu’il était difficilement imaginable qu’elles fussent encore habitées. Il suffit à Emeline d’abaisser son regard pour connaître la réponse.
Sur la porte d’entrée en bois sculptée sur l’une d’entre elle, rongée par les termites, était peinte une croix blanche. Il ne lui fallu que quelques secondes supplémentaires pour comprendre que les autres habitations alentours en arboraient quasiment toutes le signe.
La jeune fille se détourna, le souffle court. Elle devait immédiatement quitter cet endroit. A sa droite, elle trouva un passage cocher et s’y engouffra. La pestilence lui prit d’assaut les narines. A côté d’elle pourrissait un cadavre oublié par les chariots. La gorge serrée, elle accéléra pour déboucher sur un lieu plus misérable encore. Cette fois-ci, les taudis côtoyaient les maisons basses. Les plus confortables avaient été démantelées, et leurs pierres récupérées pour d’autres constructions. Ici, l’odeur de la crasse, de la maladie et de la boue jonchant les pavés brisés parsemés d’immondice, était plus forte. Serrant sa pèlerine autour d’elle, Emeline s’avança doucement parmi les passants boiteux, malades, pauvres et les mendiants. Étrangement, la vie semblait être encore présente ici, bien plus qu’ailleurs. Ceux qui y vivait avaient peut être menés une existence trop dure pour craindre de disparaître. Jamais la jeune fille n’avait eu l’occasion de pénétrer dans ces vieux quartiers. Son éducation ne le lui avait pas permis. Elle s’arrêta. Quelque chose retenait ses vêtements.
_ Allez, mademoiselle, à vot’ bon cœur…
Ses yeux se baissèrent sur le malheureux qui s’était agrippé à elle. Les plis de sa robe blanche si élégante arboraient à présent une teinte brunâtre et une texture répugnante. Emeline ne repoussa pas l’homme. Elle se contenta de le regarder avec pitié et désespoir. Il n’y avait plus rien à faire pour lui.
Elle reprit sa marche. Désormais, ses pas étaient marqués par des signes clairs d’errements, de perdition.  Son regard sombra dans le vague. Le fil de ses pensées parasites emporta à nouveau son esprit loin de la réalité. Pourtant, quelque chose l’en empêcha entièrement.
Une musique entraînante et mutine, comme celle qu’écoutaient les enfants, venait de saisir son attention. Sans réfléchir davantage, Emeline se laissa guider jusqu’à sa source. La première chose qu’elle vit fut une grande boîte reposant au sol sur des roulettes. C’était de là que la mélodie s’échappait. Très finement ornée, elle semblait ancienne et de riche facture. En somme, elle aurait pu ressembler à n’importe quel bon instrument de sa catégorie si ce n’était les divers et nombreux mécanismes qui y avaient été ajoutés.
_ Un orgue beau et…fascinant, n’est-ce pas mademoiselle?
La jeune fille sursauta et se redressa subitement pour faire face à un individu des plus étranges. Vêtu d’un vieux costume rapiécé par des tissus de couleurs bariolées, il arborait fièrement un jabot d’un blanc sale et un haut-de-forme couvrant ses cheveux bruns en pagaille. Le sourire qui étirait ses lèvres ne faisait que le rendre encore plus ridicule.
_ A moins que vous ne veniez pour l’annonce!
Emeline fronça légèrement les sourcils, notant dans sa voix le fond d’un accent d’Europe de l’Est. Face à son silence, l’homme répondit avec un calme soudain.
_ En fait, il n’y a pas d’annonce. La question est plutôt: « Qu’est-ce qu’une jeune bourgeoise des beaux quartiers vient faire dans ce trou à rats si ce n’est salir les dentelles de sa jolie robe et ses petites chaussures à boucles d’un cuir de si bonne qualité que certains se damneraient pour, ne serait-ce que, le vendre? »
La jeune fille se sentie soudainement mal à l’aise. La musique s’était arrêtée. Ses yeux balayèrent les alentours. L’homme continuait de l’observer sans aucune amniosité. Finalement, il secoua la tête avec dépit.
_ Il n’y a rien pour vous ici hormis la mort, ajouta-t-il. Rentrez chez vous…
Sans attendre de réponse, il se détourna, continuant à maugréer sur le sort des victimes de la pauvreté et de la maladie.
_ En vérité, ce que vous appelez « chez moi » n’existe déjà plus.
Il se figea. Elle poursuivit d’une voix blanche.
_ Ce mal les a tous décimés. Ma sœur a été la dernière à partir…ce soir. Pourtant, elle a tenu bon, vous savez. Je… J’aurai du rester avec eux, je le sais mais…
La tête de l’homme s’inclina légèrement en sa direction. Il venait de lui couper la parole.
_ Tes parents sont morts depuis combien de temps?
_ Je ne sais pas…Deux semaines, trois…Je ne sais plus…
_ Et tu ne les as pas fait enterrer?
Il continuait de lui tourner le dos. Nul besoin de lire la panique sur son visage. Il l’entendait au son de sa voix.
_ Non! J’avais peur…peur qu’ils jettent leurs corps dans des fosses communes! Je ne voulais pas…Leur dernière demeure devait être celle où nous avions toujours vécus!
Il lui fit face et s’approcha d’elle, le regard vide de toute émotion. Très inquiète, elle recula, balbutiant.
_ En…en fait, j’aimerai juste que vous m’indiquiez un endroit où aller!
_ Pour être honnête, je suis surpris que tu sois arrivée en vie jusqu’ici. Mais si tu continues seule, je ne promet pas que tu t’en sortes.
Une main se tendit vers elle. Emeline la contourna. L’homme poursuivit sur un ton paisible.
_ Ici-bas, le danger ne vient pas que de ce mal fameux et tragique. D’autres acteurs rodent, frappant dans l’ombre ou en plein jour. C’est leur rôle et la réalité de ce monde, ma chère…
Arrêtée face à lui mais à une distance respectable, son interlocutrice l’observa fixement, sans mot dire. Retrouvant un engouement soudain, l’individu haussa les sourcils.
_ Mais vivre dans ces quartiers a également du bon! On peut faire plein de choses intéressantes, comme moi par exemple!
Pas de réaction. La jeune fille semblait soudainement très lasse et absente, chose qui ne lui échappa pas.
_ Bon d’accord, ce n’est pas le bon exemple. En attendant, permets-moi un constat. Tu n’as nul part ou aller, tu ne connais, pour l’instant, que moi ici et tu es vulnérable. J’ai encore la chance de posséder une petite maison pas très loin d’ici. C’est…très encombré mais pour ce soir, tu seras au moins à l’abri et en sécurité. Bien sûr, rien ne t’oblige à accepter ma proposition et tu peux aussi continuer à errer jusqu’à qu’il t’arrive quelques bricoles.
Emeline continuait à le dévisager, l’air sombre. Face à son éternel mutisme, il soupira, l’air agacé.
_ Bon, ça me ferai quand même plaisir que tu te décide. Je commence à avoir une crampe!
La jeune fille baissa les yeux et vit que la main de l’homme lui était toujours offerte. Elle finit par sourire. Après tout, il ne semblait pas si méchant.
_ Pourquoi faites-vous cela?
_ Sans doute car je suis heureux que l’on vienne me rendre visite, répondit-il en haussant à nouveau les épaules. C’est que je n’ai plus beaucoup de notoriété depuis quelques années!
La main douce d’Emeline se posa dans la sienne. Satisfait, il hocha la tête et rompit immédiatement tout contact. Puis, il revint à son orgue dont il saisit deux poignées, prêt à le faire rouler.
_ Il est vrai que la vie d’un artiste des rues ne doit pas être aisée…
_ Artiste des…Mmh, en fait, je suis beaucoup plus que ça, petite. Crieur public est aussi ma vocation mais plus personne ne m’écoute. Ils préfèrent tous boire les paroles de ce…p-père Lucien! Et je tiens aussi un atelier, en journée…
La jeune fille paraissait désormais intéressée, quoiqu’elle afficha toujours une mine renfermée par le chagrin. Sa voix était très faible et hésitante mais nul doute que sa personnalité n’en incarnait nullement le reflet. Et puis, elle venait de subir un choc, après tout.
_ Enfin, si tu veux savoir ce qui s’y trouve, tu n’as qu’à venir m’y rendre visite!
_ Où êtes-vous installé?
_ Je te montrerai. Ce n’est pas très loin non plus.
Nouveau silence. Seuls le claquement de leurs chausses sur les pavés et le grincement des roues venaient le troubler. Cette fois-ci, ce fut la demoiselle qui le brisa, non sans une longue inspiration au préalable.
_ Emeline…Je m’appelle Emeline. Et moi, en qui ai-je l’honneur?
L’homme répondit, toujours avec cette même trace d’accent dans sa voix au timbre cordial.
_ En Gaspard qui est enchanté de faire votre connaissance. Ah…et j’allais oublier. Bienvenue à La Goutte d’Or!

…à suivre.

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Mes chers amis,

Aujourd’hui, je tenais à vous parler d’un sujet entendu en cours et m’ayant tout simplement passionnée. Au cours des siècles passés, de nombreuses maladies ont vu le jour. La peste ou encore le choléra sont les plus couramment nommées. Pourtant, il en existe une sur laquelle ont fait généralement l’impasse par méconnaissance. Il s’agit de l’Ergotisme.

L’Ergotisme se répandit dès le début du Moyen Âge. Appelée alors Feu de Saint-Antoine ou Mal des ardents, elle est en réalité une intoxication due à l’absorption d’ergotamine (qui se transforme en acide, chauffée) présente dans un champignon appelé ergot du seigle. Mais cela, ces braves gens ne le savaient pas, d’autant plus que le seigle est, à l’époque, une céréale relativement répandue car elle résiste mieux que le blé au froid. Le prix a payer de son ingestion est une véritable gangrène combinée d’une lèpre.  Les fièvres entrainent des hallucinations, des raideurs musculaires et des brûlures.

Au XVème siècle, elle réapparaîtra, favorisée par les pénuries, et fera des ravages. Paris est touché en 1418. Cinq mille personnes meurent en un mois. Il ne semble guère y avoir de limites contre ce mal qui touche toutes les catégories et et se répandra jusqu’en Russie. Puisque l’on ignore que la nourriture en est la cause, on prie Saint-Antoine pour implorer sa protection et on se rabat sur des remèdes des plus rudimentaires.

C’est au sein d’hospices antonins que les malades sont acceuillis. Tout le monde est soigné à la même enseigne. Vu que le Mal des ardents est considéré comme une maladie chaude, on pense qu’il est necessaire de guérir…par le froid. Afin d’amputer, on prépare donc des elixirs et autres anesthésiants, dits « raffraîchissants ». On donne aussi à manger aux malades du melon, considéré comme un aliment froid. Mais on les plonge aussi dans des bains d’eaux glacée. Des amullettes protectrices faites de racines enroulées dans du tissus  assurent également un rôle de protection. Ces racines, particulièrement celles de la mandragore, sont également utilisées pour les elixirs (préparés avec des fruits rouges) qui apaisent les malades. Malheureusement, la mandragore est un puissant hallucinogène qui ne fait que renforcer les sombres illusions occasionnées par l’ergot. Il n’est donc pas si anodin de voir une victime de la maladie se suicider.

Le dernier remède connu se veut miraculeux. Il se nomme « Millésime sacré ». Offert une fois par an et quarante jours après pâques lors d’une cérémonie, il doit guerir les malades dont le cas est trop grave pour être soigné avec les autres méthodes. Il s’agit en réalité d’eau filtré avec les ossements de Saint-Antoine.

Dans sa Tentation de Saint-Antoine, Jérôme Bosh représente, outre la vie du saint et les légendes qui lui sont apparenté, des scènes liées aux hallucinations et aux remèdes du Mal des ardents.

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Ici, des malades receuillent dans des coupelles le Millésime Sacré.

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Au sein du tableau, les créatures volantes peuvent être aussi le reflet des hallucinations des malades.

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Le bestiaire de Jérôme Bosch est d’une très grande richesse. Mais il est certain que le thème de cette maladie l’a inspiré, tout autant que marqué. Doit-on ainsi imaginer qu’il ait pu être en contact avec un malade ou être, lui même, un rescapé? Rien n’est moins sûr. Mais sa plongée au coeur des cauchemards de l’imagination humaine fascine encore aujourd’hui.

Bisous et à la prochaine,

Lumi’

Ps: Je remercie madame Cécile Voyer pour les précieuses informations qu’elle a pu me transmettre dans son cours à ce sujet.

En attendant Alice…

Bonjour à tous!

Afin de vous faire patienter avant la sortie du film d’Alice au pays des merveilles par Tim Burton, voici une autre vision de l’histoire par le groupe de metal allemand Oomph.

Bisous!

Lumi’

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Salutations à tous,

Aujourd’hui je tiens à vous parler d’un des célèbres pirates qui marqua l’histoire des Antilles et de la piraterie en général. Et pourquoi? Parce qu’en ce moment, je suis vraiment passionnée par la piraterie. (Pertinant, n’est-ce pas? Bon, passons aux choses sérieuses). Il s’agit de Samuel Bellamy, aussi apellé Black Sam ou le Prince des Pirates.

Né dans le Devonshire, il est dit qu’il quitta rapidement l’Angleterre pour le Nouveau Monde, en quête de fortune. Malheureusement, l’expédition qu’il engagea dans la recherche de trésors espagnols coulés près des côtes de l’Amérique du Sud fut un échec. Il retourna sur le vieux continent et fonda une famille près de Canterbury. Mais l’appel de la mer était trop fort. Engagé à bord du navire du capitaine pirate Benjamin Hornigold, il lui succéda quand celui-ci se retira en 1717.

Commence alors pour Samuel une véritable existence de pirate. Associé à Paul Williams, il décide de monter sa propre compagnie. S’en suivent de nombreux succès en mer, particulièrement dans les Antilles. Dans les écrits du capitaine Johnson, il est dit qu’il aurait fait plus de 50 prises en une seule année. Sa première, le Whydah, est un beau navire à la cargaison parfaite qui deviendra, avec Bellamy à sa barre,  navire amiral de la flotte pirate.

Toujours très préoccupé par le bien-être de son équipage et même de ses prisonniers, Bellamy est également connu pour posséder l’art de motiver ses troupes. Son élégance,  son charisme et sa finesse d’esprit lui vaudront le surnom de Prince des Pirates.  Un jour de 1717,  il se vanta de son indépendance auprès du capitaine d’un navire marchand qu’il avait capturé , déclamant: « Je suis un prince libre, je peux faire la guerre au monde entier, je suis aussi puissant que celui qui commande une flotte de 100 navires sur mer ou une armée de 100.000 hommes sur terre ».

Une déclaration aussi guindée aurait pu paraître exagérée. Mais Bellamy vivait en plein « âge d’or  » de la piraterie. Sa carrière prit subitement fin le 27 avril 1717, au large du Cap Cod, au cours d’un orage. Le Whydah coula, chargé de trésors provenant de plus de 53 navires, entrainant ses hommes et son capitaine dans les abysses. En ce jour, la piraterie perdait une de ses figures les plus imminentes.

Jamais Maria ne revit celui dont elle attendait le retour avec tant d’espoir. Seuls deux hommes survécurent dont un certain Thomas Davis. Il déclarera à son procès que le Whydah transportait 180 sacs d’or et d’argent lors du naufrage et alimentera le folklore du Cap Cod. En 1720, un pirate du nom de Sam Bellamy réapparait au large du même Cap. Bien que l’histoire veuille qu’il mourru trois ans plus tôt, il s’agirait bel et bien du fameux capitaine.

A son procès à Barnstable, il déclara, haranguant la Cour: « Ils nous condamnent, ces crapules, alors que la seule différence entre nous, c’est qu’ils volent les pauvres grâce à la loi, et que nous pillons les riches armés de notre seul courage ».

Le mystère de cet étrange retour reste non résolu encore aujourd’hui. En 1984, une équipe de plongeurs retrouva au fond de l’océan l’épave de ce qui fut identifié comme l’illustre Whydah Gally. C’est le seul navire pirate connu jamais redécouvert. Un chargement d’armes, de pièces de monnaie, de bijoux et autres objets fut mis au jour.

Comme quoi, la frontière est mince entre réalité et légende…

Bisous,

Lumi’

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