La mélancolie des aliénistes.

Bonjour à tous,
Aujourd’hui, je compte vous parler d’un thème sujet à rêverie, à maints écrits inspirés (ou pas) et faisant fureur au cœur des blogs gothico-dépressifs, j’ai nommé la Mélancolie! Bon certes, la vie est moche, il est préférable de l’aborder assis sur une pierre, plume à la main, le visage soutenu de sa main gauche tout en écoutant, la mort dans l’âme, les doux gazouillis de petits oiseaux nous rappelant notre enfance ou les temps bénis d’un passé inconnu.
Nous pouvons aussi la traiter à travers l’étude de la théorie des quatre humeurs, de l’acédie religieuse durant la période médiévale, de l’influence des Enfants de Saturne durant la Renaissance ou encore durant l’époque romantique… Les possibilités ne manquent pas. Mais moi, je l’aborderai, durant ce court article, selon le point de vue médical du XIXème siècle.
Cette période s’inscrit dans un net changement des mentalités. Alors mise en valeur par la littérature, la peinture, ou les grandes campagnes de restaurations d’édifices anciens, la mélancolie subi un basculement radical des points de vue avec la naissance de la psychiatrie. Le concept de mélancolie, trop difficile à cerner, tombe momentanément en désuétude. Les médecins parlent plutôt d’aliénation, cherchant, chez les patients, à en définir la physionomie. Grâce au “progrès scientifique”, la mélancolie est perçue comme un signe de décadence, voire de dégénérescence.
Le psychiatre Jean-Etienne Esquirol, considéré comme le père de l’hôpital psychiatrique français, s’est appliqué à l’étude de la mélancolie à laquelle il consacre en 1820 un traité, De la lypémanie ou mélancolie. Pour lui, la mélancolie fait partie de la classe des vésanies, ordre des délires. Il faut d’ailleurs traduire le latin melancholia par le français manie, folie, et non mélancolie.
Afin d’appuyer leur doctrines, les psychiatres avaient à disposition des moyens photographiques permettant de dresser les portraits d’aliénés et de démontrer clairement le caractère médical de leur mal (tête soutenue ou penchée, regard perdu…). Les théories dangereuses des médecins aliénistes radicaux auront de lourdes conséquences jusqu’au XXème siècle où les mélancoliques seront assimilés à des êtres inférieurs.
Aujourd’hui, au sein de notre société, la mélancolie n’est plus qu’un simple “vague à l’âme” dont la nature se confond avec celle de la dépression. Les responsables actuels ne souhaitent pas que la mélancolie affecte le moral des ménage. Une véritable excrétion s’affiche envers tous ceux qui n’affichent pas une joie de vivre convaincante. Pourtant, derrière ce que certains rejettent se cache des siècles de réalité artistique, littéraire et médicale. Par chance, grâce aux études et à la rêverie de quelques uns, l’artiste mélancolique tiraillé entre le génie et la folie pourra continuer de vivre.
Lumi’
Portraits photographiques de Guillaume-Benjamin Duchenne (De Boulogne)

Contraction électrique modérée du sourcilier droit: souffrance. (1856-1857)

Contraction volontaire du sourcilier droit: le sujet paraît succomber à la souffrance. Contraction volontaire du frontal gauche: souvenir d’amour ou regard extatique. (1855-1856)

Contraction électrique légère du sourcilier droit: douleur. A gauche, abaissement spasmodique en masse. (1855-1856)
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Bibliographie
CLAIR (Jean), Mélancolie: Génie et folie et Occident, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux/Gallimard, 2005
MINOIS (George), Histoire du mal de vivre: De la mélancolie à la dépression, Paris, éditions de La Martinière, 2003
Je fais des recherches sur un tableau de bosch, je tombe sur ton blog, je visite et atterris pile sur cet article…
alors je dois dire merci beaucoup. Ton article est simple, élégant, et instructif.
J’”étudie” la mélancolie en ce moment et je dois avouer que si on pouvait en parler aussi clairement en cours ce serait merveilleux.