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Vampire: La Mascarade [Nouvelle]

9 juin 2009

Chers amis,

Comme promis, je confie à vos yeux curieux, enflammés, à votre cœur battant d’ardeur, ma nouvelle se déroulant dans l’Univers de Vampire: La Mascarade. Bon, d’accord, je fais toujours des tonnes pour pas grand chose. Mais bon, vous commencez à me connaître (pour certains). Donc, que vous soyez enthousiastes ou que vous ayez juste la volonté de jeter un petit coup d’œil à ceci, soyez indulgents (plizzz!). Voici la première partie. Si vous êtes sages, il y en aura d’autres.

Bisous,

Lumi’

***

L’Ornemaniste des cauchemars

Première partie

Jack_The_Ripper_by_SAB687

_ Emeline…
_ Oui Lizzy?
La jeune fille se pencha au-dessus du lit où reposait sa sœur, emmitouflée sous des couches de couvertures qui ne parvenaient plus à maintenir son petit corps au chaud. Un sourire doux et rassurant éclaira son visage.
_ Tu veux quelque chose, ma chérie?
Les lèvres violettes de l’enfant au teint blafard s’étirèrent. Même au seuil de la mort, elle restait cette jolie poupée pleine de vie et d’intelligence qu’elle avait connue. Ils l’avaient tous admirée et choyée avant que la maladie ne les emportent. Était-ce son tour, à présent? Emeline refusait d’y croire. Elle était trop jeune, trop méritante, trop belle pour que la faucheuse ne tranche déjà le fil de son existence.
_ J’aimerai que tu me lise une dernière fois La Belle au bois dormant.
Emeline tiqua. Son sourire se fit plus inquiet, quoique toujours plein d’espoir. Au fond d’elle, elle savait qu’elle se mentait. Mais c’était plus fort qu’elle. Secouant la tête, elle émit un léger rire nerveux.
_ Pourquoi es-tu si négative? Il y aura plein d’autres fois!
_Non…
Le regard de la fillette s’était intensifié. Il avait prit a parti celui de sa grande sœur. A la détermination se mêlait une sagesse combinée à une étrange tendresse impavide.
_ Non, je suis prête à rejoindre papa et maman. Il ne faudra pas que tu sois triste car je serai heureuse au ciel… Ici, j’ai déjà trop souffert…Tu comprends?
Emeline hocha la tête. Ses grands yeux noirs étaient remplis de larmes prêtes à déborder. Mais elle ne craquerait pas. Pas devant elle.
Elle caressa délicatement son visage couvert de sueur.
_ Bien sûr, mon ange, lui murmura-t-elle avec amour.
La jeune fille se leva un bref instant pour se diriger vers l’élégante bibliothèque qui ornait la chambre de l’enfant. Elle parcouru des yeux la trame des ouvrages et fini par poser l’index sur celui qu’elle cherchait Sur la couverture de cuir était inscrit en lettres dorées Les Contes de ma mère l’Oye et l’auteur, Charles Perrault.
Se rasseyant sur le bord du lit, elle tourna les pages et s’arrêta à celle où commençait l’histoire de La Belle au bois dormant. Un léger raclement de gorge, puis elle commença à lire posément.
_ Il était une fois un Roi et une Reine, qui étaient si fâchés de n’avoir point d’enfant, si fâchés qu’on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du mon…
Emeline s’arrêta net. Un silence pesant et froid venait de s’abattre sur la chambre. Un pressentiment affreux lui noua le ventre. Elle baissa lentement son ouvrage. L’enfant était immobile, les yeux grands ouverts. D’une main tremblante, elle la secoua gentiment.
_… Lizzy?
Pas de réponse, ni même le moindre mouvement en retour. Elle toucha son avant-bras. Il était glacé et raide, à l’instar du reste de son corps.
_ Elizabeth!
Emeline ne s’entendit pas crier. Le choc se répercuta dans tout son être jusqu’à ses tempes. Elle resta un moment inerte, hébétée, puis se leva d’une traite et recula, percutant une table qui la stoppa. Face à elle, sa petite sœur vêtue de dentelles, édredons et draps de soie savamment disposés au-dessus d’elle.
Une minute encore, elle prit le temps de la regarder…pour la dernière fois. Quand ses pas se détournèrent et s’engagèrent hors de la pièce, elle ne se retourna pas.
Partir. Ivre de chagrin, s’était le seul mot qui lui venait à l’esprit. Elle traversa ainsi les couloirs de la demeure désertés par tout signe de vie depuis quelques temps déjà. Lorsqu’elle eut descendu les escaliers pour atterrir au niveau du vestibule, elle laissa ses mains agripper le premier vêtement qu’elles trouvaient et s’en accoutra. Une simple pèlerine brune. Rabattant la capuche sur sa tête, elle ouvrit la porte d’entrée. Un vent frais caressa son visage, s’engouffrant dans ses cheveux noirs.

En ce soir du 11 avril 1833, les rues de ce quartier riche de la capitale étaient presque vides.
Emeline avait quitté la demeure bourgeoise où elle avait vécue son enfance, à présent infestée par la maladie. D’ailleurs, pourquoi était-elle partie? Qu’allait-elle chercher?
Le claquement régulier de ses chaussures sur les pavés humides se faisaient l’écho d’un pas déterminé. Pourtant, l’esprit de la jeune fille était ailleurs. Elle marcha jusqu’à la tombée de la nuit, passant de rues en avenues, d’avenues en ruelles.
Quand elle prit enfin conscience de l’endroit où elle se trouvait, elle s’arrêta. Derrière elle, des sabots de chevaux retentirent, accompagnés par les grincements du transport qu’ils tiraient. La calèche la dépassa rapidement, manquant de la renverser. Reculant de quelques pas, elle leva les yeux sur son environnement.
De part et d’autre de la rue s’élevaient des maisons pauvres et mal entretenues. Les demeures, dont on soupçonnait un passé faste, étaient dans un tel état de dégradation qu’il était difficilement imaginable qu’elles fussent encore habitées. Il suffit à Emeline d’abaisser son regard pour connaître la réponse.
Sur la porte d’entrée en bois sculptée sur l’une d’entre elle, rongée par les termites, était peinte une croix blanche. Il ne lui fallu que quelques secondes supplémentaires pour comprendre que les autres habitations alentours en arboraient quasiment toutes le signe.
La jeune fille se détourna, le souffle court. Elle devait immédiatement quitter cet endroit. A sa droite, elle trouva un passage cocher et s’y engouffra. La pestilence lui prit d’assaut les narines. A côté d’elle pourrissait un cadavre oublié par les chariots. La gorge serrée, elle accéléra pour déboucher sur un lieu plus misérable encore. Cette fois-ci, les taudis côtoyaient les maisons basses. Les plus confortables avaient été démantelées, et leurs pierres récupérées pour d’autres constructions. Ici, l’odeur de la crasse, de la maladie et de la boue jonchant les pavés brisés parsemés d’immondice, était plus forte. Serrant sa pèlerine autour d’elle, Emeline s’avança doucement parmi les passants boiteux, malades, pauvres et les mendiants. Étrangement, la vie semblait être encore présente ici, bien plus qu’ailleurs. Ceux qui y vivait avaient peut être menés une existence trop dure pour craindre de disparaître. Jamais la jeune fille n’avait eu l’occasion de pénétrer dans ces vieux quartiers. Son éducation ne le lui avait pas permis. Elle s’arrêta. Quelque chose retenait ses vêtements.
_ Allez, mademoiselle, à vot’ bon cœur…
Ses yeux se baissèrent sur le malheureux qui s’était agrippé à elle. Les plis de sa robe blanche si élégante arboraient à présent une teinte brunâtre et une texture répugnante. Emeline ne repoussa pas l’homme. Elle se contenta de le regarder avec pitié et désespoir. Il n’y avait plus rien à faire pour lui.
Elle reprit sa marche. Désormais, ses pas étaient marqués par des signes clairs d’errements, de perdition.  Son regard sombra dans le vague. Le fil de ses pensées parasites emporta à nouveau son esprit loin de la réalité. Pourtant, quelque chose l’en empêcha entièrement.
Une musique entraînante et mutine, comme celle qu’écoutaient les enfants, venait de saisir son attention. Sans réfléchir davantage, Emeline se laissa guider jusqu’à sa source. La première chose qu’elle vit fut une grande boîte reposant au sol sur des roulettes. C’était de là que la mélodie s’échappait. Très finement ornée, elle semblait ancienne et de riche facture. En somme, elle aurait pu ressembler à n’importe quel bon instrument de sa catégorie si ce n’était les divers et nombreux mécanismes qui y avaient été ajoutés.
_ Un orgue beau et…fascinant, n’est-ce pas mademoiselle?
La jeune fille sursauta et se redressa subitement pour faire face à un individu des plus étranges. Vêtu d’un vieux costume rapiécé par des tissus de couleurs bariolées, il arborait fièrement un jabot d’un blanc sale et un haut-de-forme couvrant ses cheveux bruns en pagaille. Le sourire qui étirait ses lèvres ne faisait que le rendre encore plus ridicule.
_ A moins que vous ne veniez pour l’annonce!
Emeline fronça légèrement les sourcils, notant dans sa voix le fond d’un accent d’Europe de l’Est. Face à son silence, l’homme répondit avec un calme soudain.
_ En fait, il n’y a pas d’annonce. La question est plutôt: « Qu’est-ce qu’une jeune bourgeoise des beaux quartiers vient faire dans ce trou à rats si ce n’est salir les dentelles de sa jolie robe et ses petites chaussures à boucles d’un cuir de si bonne qualité que certains se damneraient pour, ne serait-ce que, le vendre? »
La jeune fille se sentie soudainement mal à l’aise. La musique s’était arrêtée. Ses yeux balayèrent les alentours. L’homme continuait de l’observer sans aucune amniosité. Finalement, il secoua la tête avec dépit.
_ Il n’y a rien pour vous ici hormis la mort, ajouta-t-il. Rentrez chez vous…
Sans attendre de réponse, il se détourna, continuant à maugréer sur le sort des victimes de la pauvreté et de la maladie.
_ En vérité, ce que vous appelez « chez moi » n’existe déjà plus.
Il se figea. Elle poursuivit d’une voix blanche.
_ Ce mal les a tous décimés. Ma sœur a été la dernière à partir…ce soir. Pourtant, elle a tenu bon, vous savez. Je… J’aurai du rester avec eux, je le sais mais…
La tête de l’homme s’inclina légèrement en sa direction. Il venait de lui couper la parole.
_ Tes parents sont morts depuis combien de temps?
_ Je ne sais pas…Deux semaines, trois…Je ne sais plus…
_ Et tu ne les as pas fait enterrer?
Il continuait de lui tourner le dos. Nul besoin de lire la panique sur son visage. Il l’entendait au son de sa voix.
_ Non! J’avais peur…peur qu’ils jettent leurs corps dans des fosses communes! Je ne voulais pas…Leur dernière demeure devait être celle où nous avions toujours vécus!
Il lui fit face et s’approcha d’elle, le regard vide de toute émotion. Très inquiète, elle recula, balbutiant.
_ En…en fait, j’aimerai juste que vous m’indiquiez un endroit où aller!
_ Pour être honnête, je suis surpris que tu sois arrivée en vie jusqu’ici. Mais si tu continues seule, je ne promet pas que tu t’en sortes.
Une main se tendit vers elle. Emeline la contourna. L’homme poursuivit sur un ton paisible.
_ Ici-bas, le danger ne vient pas que de ce mal fameux et tragique. D’autres acteurs rodent, frappant dans l’ombre ou en plein jour. C’est leur rôle et la réalité de ce monde, ma chère…
Arrêtée face à lui mais à une distance respectable, son interlocutrice l’observa fixement, sans mot dire. Retrouvant un engouement soudain, l’individu haussa les sourcils.
_ Mais vivre dans ces quartiers a également du bon! On peut faire plein de choses intéressantes, comme moi par exemple!
Pas de réaction. La jeune fille semblait soudainement très lasse et absente, chose qui ne lui échappa pas.
_ Bon d’accord, ce n’est pas le bon exemple. En attendant, permets-moi un constat. Tu n’as nul part ou aller, tu ne connais, pour l’instant, que moi ici et tu es vulnérable. J’ai encore la chance de posséder une petite maison pas très loin d’ici. C’est…très encombré mais pour ce soir, tu seras au moins à l’abri et en sécurité. Bien sûr, rien ne t’oblige à accepter ma proposition et tu peux aussi continuer à errer jusqu’à qu’il t’arrive quelques bricoles.
Emeline continuait à le dévisager, l’air sombre. Face à son éternel mutisme, il soupira, l’air agacé.
_ Bon, ça me ferai quand même plaisir que tu te décide. Je commence à avoir une crampe!
La jeune fille baissa les yeux et vit que la main de l’homme lui était toujours offerte. Elle finit par sourire. Après tout, il ne semblait pas si méchant.
_ Pourquoi faites-vous cela?
_ Sans doute car je suis heureux que l’on vienne me rendre visite, répondit-il en haussant à nouveau les épaules. C’est que je n’ai plus beaucoup de notoriété depuis quelques années!
La main douce d’Emeline se posa dans la sienne. Satisfait, il hocha la tête et rompit immédiatement tout contact. Puis, il revint à son orgue dont il saisit deux poignées, prêt à le faire rouler.
_ Il est vrai que la vie d’un artiste des rues ne doit pas être aisée…
_ Artiste des…Mmh, en fait, je suis beaucoup plus que ça, petite. Crieur public est aussi ma vocation mais plus personne ne m’écoute. Ils préfèrent tous boire les paroles de ce…p-père Lucien! Et je tiens aussi un atelier, en journée…
La jeune fille paraissait désormais intéressée, quoiqu’elle afficha toujours une mine renfermée par le chagrin. Sa voix était très faible et hésitante mais nul doute que sa personnalité n’en incarnait nullement le reflet. Et puis, elle venait de subir un choc, après tout.
_ Enfin, si tu veux savoir ce qui s’y trouve, tu n’as qu’à venir m’y rendre visite!
_ Où êtes-vous installé?
_ Je te montrerai. Ce n’est pas très loin non plus.
Nouveau silence. Seuls le claquement de leurs chausses sur les pavés et le grincement des roues venaient le troubler. Cette fois-ci, ce fut la demoiselle qui le brisa, non sans une longue inspiration au préalable.
_ Emeline…Je m’appelle Emeline. Et moi, en qui ai-je l’honneur?
L’homme répondit, toujours avec cette même trace d’accent dans sa voix au timbre cordial.
_ En Gaspard qui est enchanté de faire votre connaissance. Ah…et j’allais oublier. Bienvenue à La Goutte d’Or!

…à suivre.

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6 commentaires leave one →
  1. Emmanuel permalink
    9 juin 2009 22 h 55 min

    La suite !!!

  2. Dragan permalink
    10 juin 2009 12 h 37 min

    Et ben et ben, comme je le pensais c’est très bon tout ça et t’avais tort de te faire du mouron. La suite ouais! 😉

  3. 10 juin 2009 14 h 31 min

    Eh bien eh bien! Cela valait le coup d’attendre de lire ta nouvelle! Encore une fois je suis bluffée! J’espère que quelqu’un remarquera cette nouvelle très prometteuse qui mérite plus de vie qu’un simple blog!
    J’aime beaucoup, l’ambiance est plantée, et tu nous fait entrer dans ce XIXe siècle d’une manière très subtile.
    Bravo choupette! J’adore!
    Vraiment là, je suis bluffée! Je plussois Emmanuel : que dire d’autre sinon, la suite?
    Bisous!

  4. cplegende permalink
    12 juin 2009 11 h 53 min

    *trépignant et manquant de choir*
    -Et alors! et alors! Qu’est ce qui se passe …

  5. Emmanuel permalink
    7 juillet 2009 8 h 06 min

    Sans vouloir te mettre la pression, belle demoiselle, nous attendons la suite 😉

  6. lumillule permalink*
    9 juillet 2009 14 h 14 min

    Votre future illusoire potentielle auteur préférée vous annonce qu’il n’y a aucun problème. Ceci dit, en raison d’humeur instable, nous vous demandons de patienter encore un peu.
    Merci de votre compréhension et bonne journée à vous.

    C’était le Service de Messagerie Personnel Express utilisé par quelque centaines d’écrivains en déroute contre la perte irrémédiable de lecteurs.
    Nous vous rappelons que le SMPE est sponsorisé CLEDIAL et LEXOTAN. ©

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